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2011-03-02
Résidence Sondervorst

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La résidence Sondervorst 
La maison que je vous présente, cette fois, a une vie très longue et animée. Elle est située coin 7e Avenue et rue Morin, mais on ne la voit pas du chemin, à cause des arbres. Les deux garages, dont l’un a l’aspect d’une très jolie maison, sont de construction récente. Du temps de mon enfance, c’est-à-dire dans les années 50, elle s’appelait La Guinguette et elle était très fréquentée par les fervents de bars et de salles de danse.

En voici l’historique: le 20 janvier 1891, Octave Lafleur, cultivateur de Sainte-Adèle, vendait à Israël Amarengher (tel que décrit dans l’acte de vente) trois vastes terrains, environ 100 acres, traversés par la rivière du Nord, près du lac Raymond, désignés sous les numéros 16B, 17B et 18A, dans le rang 10 du canton Morin. Le 13 février 1905, Israël Amarengher (devenu Marinier sur l’acte de vente) perdait ces trois terrains au compte de Pierre Labelle, commerçant du Parc Amherst à Montréal, par un bref d’exécution.

Après un encan présidé par le shérif du district de Terrebonne, sur le perron de l’église de Sainte-Adèle, le nouvel acquéreur devint A. Duperreault, agent immobilier de Montréal. Le l6 mars 1905, M. Duperreault vendait ses trois terrains à William Tyndale, représentant commercial de Montréal. Ce dernier était le père d’Orville Tyndale, qui devint juge en chef de la Cour supérieure du Québec et chancelier de l’Université McGill. Le 21 janvier 1908, William Tyndale vendait une parcelle du terrain, le 18A, à dame Mary Leicester King, épouse en secondes noces de Lucien H. Packard. Ce couple fit construire la maison à l’été 1908 ou 1909. M. Packard fut une figure très connue dans la société montréalaise du temps.

En effet, il fut le fondateur de la manufacture Packard Shoes, spécialisée dans la fabrication de souliers de haute qualité pour enfants. D’après la petite-fille de M. Packard, Mme J. Swift, cette maison était de dimensions assez impressionnantes pour l’époque, puisque la famille avait des domestiques : une cuisinière et même une infirmière privée lorsque sa grand-mère tomba malade.

L’architecture de la maison est différente de l’ensemble des maisons québécoises de la région. Le style semblerait provenir de la Nouvelle-Angleterre ou de l’Ontario. D’après Mme Swift, tous les étés, les familles Packard et Tyndale se retrouvaient à cet endroit et avaient une vie sociale très intense jusqu’au décès de Mme Packard en 1920. À la mort de Mme Packard, son fils Mortimer hérita de la maison et du terrain et prit en main l’entreprise de son père. Le 10 octobre 1928, un employé des Packard, Andrew Lennon, devint le nouveau propriétaire. Ensuite, plusieurs personnes se sont succédé : le 21 mai 1929, Rolland Gazelle; le 8 octobre 1932, l’abbé J. A. Gauthier; le 19 décembre 1935, Olivier Rolland; le 19 décembre 1940, Lucien Rolland (de la compagnie Rolland Papier Inc.); le 5 août 1963, Mme Inge Simon; le 4 mai 1971, Michel et Marc Sénécal; le 15 février 1973, Marc Sénécal; le 9 avril 1980, Jacques Tourangeau ainsi que son épouse Denise, qui fut conseillère à la municipalité de Val-Morin. Mme Tourangeau est décédée au printemps dernier.

Depuis le 17 avril 2004, M. et Mme Georges Sondervorst, originaires de Belgique, sont les nouveaux occupants. Je les remercie d’ailleurs de leur chaleureux accueil et des documents fournis. D’importantes rénovations ont été réalisées jusqu’en décembre 2004, tout en respectant les structures existantes, y compris le foyer et la cheminée en spirale. Mais cette splendide demeure n’a pas toujours été un lieu paisible. Elle s’est vue transformée par plusieurs locataires célèbres. D’abord, dans les années 1957 à 1959, Franco et Carmelle Cavezzali, tout jeunes mariés, habitués des mouvements de jeunesse, ouvrent l’auberge La Strada qui veut dire : la route. C’était une des premières auberges de jeunesse à caractère sportif et culturel. En effet, tous les sports étaient privilégiés : ski, ballon-panier, baignade dans la rivière, etc. Des films de l’ONF étaient présentés; il y avait des activités sur différents pays, avec invités et cuisiniers; des groupes de folklore sont venus, tels les Feux-Follets; le Père Ambroise (Lafortune) célébrait la fête de Pâques à l’auberge. Des gens de tous pays fraternisaient. Les Cavezzali louaient de M. Rolland à 100 $ par mois. Franco faisait la cuisine et Carmelle, les chambres. Aux touristes, il en coûtait 5,50 $ par jour, repas compris. La maison près du chemin, de même style, servait d’annexe. Avec l’auberge, on disposait de 60 places dans des chambres à 4.

Quelques années plus tard, dans les années 60, un Allemand dont je n’ai pas le nom s’y établit et ouvre l’Hôtel Berolina (House of German Specialties) contenant 12 chambres de style « country », avec permis d’alcool, salle à manger, foyer de pierres, « Orient Bar », vastes jardins, plage privée, accès au golf, sports nautiques sur le lac Raymond et, bien sûr, le ski en hiver. À part l’autoroute, l’autobus ou le train, les touristes bénéficiaient d’un transport direct à l’aéroport de Dorval. Le coût d’une chambre, par jour, en occupation double, était de 9,50 $, repas compris.

D’autres locataires célèbres ont passé des jours heureux dans cette maison : ce fut la famille de Charles (Charlie) Biddle Sr, l’illustre contrebassiste de jazz. Durant cette période, de nombreux invités, tel Vic Vogel, se pointaient les fins de semaine pour participer au « café du jazz ». Il paraît que les enfants viennent faire un tour, de temps en temps, pour se rappeler de bons souvenirs.

Ici se termine l’histoire de La Guinguette. Au fait, je ne sais pas quel propriétaire ou locataire lui avait donné ce nom. Peut-être le savez-vous ?


Je remercie encore M. et Mme Sondervorst et M. et Mme Cavezzali pour leur précieuse collaboration.

À la prochaine,
Huguette Viau

 

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