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2011-04-01
Théâtre du Marais

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Le Théâtre du Marais
L’édifice connu aujourd’hui sous le nom de Théâtre du Marais, situé au 1201, 10e avenue, à Val-Morin, en bordure de la rivière du Nord, était autrefois une synagogue utilisée par les membres de la Congrégation Ohel Moishe dont l’histoire remonte aux années trente.

À cette époque, une importante communauté juive avait choisi Val-Morin comme lieu de villégiature pour venir y passer l’été. Une première synagogue, montée sur pilotis, avait été construite sur un terrain offert par Boris Witkoff, hôtelier du Laurentian Château, sur le site actuel vers 1936. Elle disparut dans un incendie en 1942, durant la Deuxième Guerre Mondiale. Selon certaines sources, les murs avaient été recouverts de croix gammées. La communauté se mobilisa pour en construire une nouvelle vers 1944 et les travaux furent confiés à deux entrepreneurs de Val-Morin, soit Réal Legault et Henri Vendette, aujourd’hui décédés, et dont les descendants habitent encore ici. Ils employèrent plusieurs résidents du village et certains d’entre eux, hommes ou garçons, étaient réquisitionnés par les rabbins pour ouvrir les lumières la veille du sabbat et les refermer le lendemain, afin de respecter les coutumes de la religion juive.

Certains conseillers municipaux , dont Léo Viau, furent invités à assister à une célébration du sabbat en coiffant la calotte appelée kippa. C’est dire que les relations entre les deux communautés étaient ouvertes et profitables mutuellement.

Inscrite au registre foncier de Terrebonne, comme étant située sur les lots 20-52 et 20-53-1 dans le rang 11, du canton Morin de la paroisse de Sainte-Adèle-d’Abercrombie, la bâtisse, recouverte de bois, est d’une superficie de 1905,86 mètres carrés. Les côtés sont de longueurs inégales, soit 12,90 mètres pour l’un et 12,98 mètres pour l’autre. La façade arrière mesure 9,88 mètres et la façade avant, 9,87 mètres. Celle-ci, construite en pierres des champs, a remarquablement résisté à l’usure du temps et est peut-être l’œuvre de Roméo Lasalle, briqueteur maçon, arrivé ici en 1932. Cinq longues fenêtres de chaque côté, deux en arrière et trois en avant , toutes surmontées de l’étoile de David éclairaient l’intérieur. Pour le plafond et une partie des murs intérieurs, on a utilisé un carton (tentest), teint bleu. Le plancher, construit en bois franc, de type merisier, est le même encore aujourd’hui. À l’arrière, au centre, se trouvait un espace réservé à l’officiant et surmonté d’une``bimah`` renfermant les textes sacrés. Des bancs de bois pouvaient accueillir une centaine de personnes. Une mezzanine ressemblant à un jubé était réservée aux femmes lors des cérémonies, selon la coutume juive.

Le 7 août 1946, trois résidents juifs qui avaient contribué financièrement à la construction de la synagogue se portent acquéreurs de l’immeuble. Il s’agit de William Schecter, Joel Sternthal et Moishe Maron, membres actifs de la Congrégation. Le vendeur est la compagnie Laurentian Baby Golf de Montréal, représentée par Adèle Witkoff. Le contrat est signé devant Me Ulysse Hamel, notaire à Sainte-Agathe-des-Monts.

Très fréquentée durant les années cinquante, la synagogue fut surtout utilisée par la communauté Lubavitch jusqu’au début des années 1990. Par la suite, la bâtisse était désaffectée et laissée à l’abandon, sauf pour un résident juif, Sam Waxman, qui allait vérifier l’état des lieux et entretenir la pelouse l’été.

Comme la Congrégation n’avait jamais été enregistrée sous un statut religieux, les propriétaires ou leurs descendants n’étaient pas exemptés du paiement des taxes foncières, lesquelles n’avaient pas été acquittées de 1996 à 1999. Après plusieurs tentatives pour les rejoindre soit par lettres ou soit par avis légaux dans les journaux, la Municipalité déposa un recours pour prise en paiement le 24 janvier 2000, à la Cour du Québec, au Palais de Justice de Saint-Jérôme. Le 24 mai suivant, un jugement déclarait la Municipalité de Val-Morin propriétaire de l’immeuble. Le délai de trente jours pour que les intimés aillent en appel ne fut pas utilisé. À sa demande, on remit au rabbin Emmanuel Carlbach, de la House of Israel Congrégation de Ste-Agathe-des-Monts, des livres, plaques et enseignes provenant de la synagogue.

Diane Demers, alors Maire de Val-Morin, avait pour but de donner à la synagogue une nouvelle vocation, celle d’un théâtre. Cette acquisition s’insérait dans un projet à cinq volets de revitalisation du village en comptant sur l’aide financière du Fonds de développement régional. À l’automne 2000, un comité provisoire avait présenté au conseil municipal un projet ``pour offrir à la communauté locale et artistique des activités culturelles à l’intérieur d’un petit théâtre de poche et en faire un centre de diffusion des arts et de la scène``.Le conseil donna son appui au projet. Le maire et le directeur général furent mandatés pour représenter la Municipalité au sein du conseil provisoire d’administration. L’Inspecteur général des Institutions financières délivra les Lettres patentes le 20 novembre 2000. Par la suite, Diane Demers convoqua les contribuables à une assemblée générale, le 24 janvier 2001, pour la fondation de la Corporation du Théâtre du Marais. Une trentaine de personnes présentes adoptèrent les règlements généraux après avoir été désignées membres du Théâtre. Le premier conseil d’administration prenait vie et était représenté par François Charbonneau, président, Ginette Marinier, vice-présidente, Yvon Charbonneau, trésorier, Josée Paquin, secrétaire, et Diane Demers, membre d’office représentant la Municipalité de Val-Morin.

Dès l’année précédente, la Municipalité avait consacré temps et argent pour réparer le toit, nettoyer le terrain et rendre l’immeuble salubre et sécuritaire. Des travaux d’excavation du vide sanitaire permirent l’isolation de la fondation et des modifications au système électrique. Les jeunes du camp de jour avaient occupé l’immeuble lors des journées de pluie. Lors de l’inauguration de la piste Gilles Leroux, une première exposition d’artistes peintres de la région y fut présentée.

Le 14 février 2001, la Municipalité et la Corporation obtinrent de récupérer cent vingt-cinq fauteuils et divers équipements de scène à l’ancien amphithéâtre du Centre hospitalier Laurentien (Mont Sinaï), lesquels retrouvèrent leur vocation d’origine. Le 6 mars 2001, grâce à l’appui de Claude Cousineau, député du comté de Bertrand, un protocole d’entente était signé entre le Ministère des Régions et la Municipalité pour l’octroi d’une subvention de 20,000$ afin de permettre les travaux d’agrandissement du théâtre. Emploi-Québec donna son appui en permettant la création de deux emplois permanents pour assurer le bon fonctionnement de ses activités. Le 27 mai 2001, le Centre local de développement des Laurentides, accordait une subvention de 15,000$ pour défrayer les coûts de démarrage du Théâtre du Marais de Val-Morin. Une première programmation fut dévoilée où l’on prévoyait présenter des productions théâtrales, des concerts, des spectacles de marionnettes et du théâtre pour enfants, des soirées-conférences, etc. Le spectacle d’inauguration eut lieu les 22 et 23 juin 2001, sous le thème ‘Les anciennes chansons’ avec les artistes Charles Johnson, Micheline Daniel et Rabaska, groupe folklorique.

La création d’un nouveau théâtre dans les Laurentides répondait à une demande du milieu artistique, contribuait à revitaliser le centre du village, stimulait l’achalandage touristique dans la Municipalité tout en offrant aux résidents de la région un nouveau lieu culturel.

Dans un prochain exemplaire du Journal, nous comptons poursuivre sur son histoire et présenter les autres bénévoles qui ont repris le flambeau et contribué à son développement.
Merci aux personnes suivantes qui ont partagé leurs souvenirs avec moi : Mmes Aline Thisdèle, Mariette Vendette Parsons, Huguette Viau et M. P.A.Vendette. Merci à M.Pierre Delage, directeur général de la Municipalité, pour sa connaissance du dossier et à M.Serge St-Hilaire comme photographe.


Par Lorraine Clément
 

 

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