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2011-03-08
Hotel Louis Clément

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Hôtel Louis Clément
Partir à la découverte de maisons qui ont marqué le paysage de Val-Morin dès sa fondation, les faire connaître aux résidents d’aujourd’hui, tel est le but de cette chronique. Notre intérêt pour l’histoire de ce village tient sûrement de nos racines puisque nos parents et grands-parents y vécurent. D’où le désir de mettre en valeur les lieux qui servirent de résidences à leurs contemporains.

Pour cette sixième chronique, je vous présente une ancienne demeure qui servit de maison de pension bien avant la création du village. Située sur une élévation en bordure de la rivière du Nord, elle jouit d’une vue exceptionnelle sur le noyau villageois et sur les montagnes environnantes. Pour les adeptes du canoë ou du kayak qui s’engagent dans un tournant de la rivière, en amont de la 10e avenue, elle constitue un pôle d’attraction avec son allure de grande maison villageoise.

Son histoire dépend du destin de mon grand-père, Louis Alphonse Clément. Ce dernier, né à Troy, district d’Albany, dans l’Etat de New York, entre 1855 et 1862, ne parlait pas un mot de français lorsqu’il arriva à Montréal vers les années 1880. Il y rencontra Caroline Viau, née en 1865, unilingue française, qu’il épousa peu de temps après. A cette époque, les familles nombreuses étaient la norme, de sorte qu’ils eurent douze enfants dont six survécurent. En 1911, la famille se retrouve à Ste-Agathe-des Monts où Louis exerce le métier de peintre décorateur. L’aînée des enfants, Emilia, est déjà mariée et cinq d’entre eux vivent encore à la maison, soit : Marie-Louise, Amanda, Louis, Wilfrid, et Emile, mon père.

En 1915, Louis et Caroline quittent Ste-Agathe-des-Monts pour s’installer dans un secteur de la paroisse de Ste-Adèle d’Abercrombie. Ce n’est qu’en 1922 que Val-Morin devint un village autonome après une partition du territoire. Ils achètent de Louis Paquette, cultivateur, `` un emplacement situé dans le 11e rang du Canton de Morin, faisant partie du lot 21 C, avec bâtisses dessus érigées et mesurant 200 pieds de largeur par la profondeur qu’il peut y avoir à partir du chemin du roi à aller à la rivière du Nord``*.

Gràce à la Compagnie de chemin de fer Montréal et Occidental, plus tard appelée la Compagnie du Canadien Pacifique, le train déversait de nombreux villégiateurs dans les Laurentides. Il semble que la première gare de Val-Morin fut ouverte en 1891 et que le CPR fut autorisé à la changer de place en 1911. A cause de cette affluence de touristes, hiver comme été, Louis et Caroline décidèrent de convertir leur résidence en maison de pension en la désignant comme l’Hôtel Louis Clément.
A l’époque, la maison avait déjà fière allure avec son toit à quatre versants, sa grande galerie à toiture ornée de colonnes blanches , son grand escalier frontal et son balcon au 2e étage. Le revêtement extérieur était en bois et ses multiples fenêtres avaient neuf carreaux. A l’intérieur, on y retrouvait au rez-de-chaussée un salon, une salle à manger, une grande cuisine et la chambre des maîtres. A l’étage, il y avait six chambres à coucher et deux petites salles de bain.

Après le décès de Caroline le 18 juin 1927, à l’âge de 62 ans, Louis cesse graduellement de tenir pension et vend la propriété à son fils Emile et à sa fille Marie-Louise en 1929. Durant plusieurs étés, la maison est louée à un organisme juif qui y reçoit des enfants en colonie de vacances. La présence de nombreux villégiateurs juifs, locataires de chalets d’été, et pour certains fréquentant la synagogue**, amena une prospérité économique dans le village jusqu’à leur exode.

Louis décède à l’âge de 87 ans et son fils Emile, alors épicier restaurateur à Val-Morin, devient le seul propriétaire. La maison est louée de façon saisonnière jusqu’en 1967, date à laquelle elle est vendue à Félix et Réjean Chouinard de Montréal. Ce dernier achète en 1977 la part de Félix et conserve la propriété jusqu’en 1987 . M.Raymond Lemaire et Mme Suzanne Perreault en font alors l’acquisition la même année.

Durant toutes ces années, la maison a subi quelques transformations. A l’arrière, on y a construit trois logements donnant sur la rivière. Le balcon avant du 2e étage est disparu et le grand escalier d’accueil sur la galerie a diminué de volume. Les colonnes blanches ornant la galerie n’existent plus et ont été remplacées par des poteaux de soutien. Les fenêtres à carreaux ont été conservées et sont munies de volets. A l’intérieur, on y retrouve de nombreux éléments d’origine, tels l’escalier menant à l’étage, les murs et les planchers en lattes de bois, une baignoire ancienne et un lavabo avec leur robinetterie d’autrefois. La très grande cuisine de grand-mère Caroline a été modifiée pour faire place à une plus petite moderne et à une salle de bain spacieuse. Le revêtement extérieur de vinyle affiche une couleur beige proche de la couleur d’origine rehaussée d’une couleur vive bourgogne pour les éléments architecturaux. Une petite maison située à proximité et qui servait autrefois de chalet d’été a subi, elle aussi, des transformations majeures la rendant confortable pour la location. Les deux maisons sont situées sur un terrain de 95,000 pieds carrés pour une surface habitable de 35,000 pieds carrés, étant donné une dénivellation du terrain en zone inondable.

Ainsi, cette grande maison a su traversé le siècle sans trop perdre de son cachet d’autrefois, grâce aux soins que lui apportent ses propriétaires actuels. L’époque de l’effervescence du chemin de fer étant révolue, de même que celle de la communauté juive, elle connaît présentement une période d’accalmie tout en abritant dans ses murs plusieurs personnes, puisque propriétaires et locataires y vivent. Tout comme autrefois, elle demeure un lieu de vie accueillant.

Je tiens à remercier Mme Suzanne Perreault et M.Raymond Lemaire pour leur accueil, de même que Mme Huguette Viau et M.Serge Saint -Hilaire pour leurs talents de photographe.
Lorraine Clément

Sources : *Registre foncier de Terrebonne
**Synagogue, aujourd’hui le Théâtre du Marais

 

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