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2011-08-02
Chapelle des Frères des Écoles chrétiennes - Lac La Salle

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À Val-Morin, il y a plusieurs domaines, répartis aux quatre coins de la municipalité. Celui dont je veux vous parler est le domaine des Frères des Écoles chrétiennes, le Manoir La Salle, nommé ainsi en l’honneur du fondateur de la communauté, saint Jean-Baptiste de La Salle. Les frères le surnomment Le Val.

Pour s’y rendre, il faut se diriger vers la gare, passer la voie ferrée, monter ce qu’on appelait les « côtes du lac » et continuer après le Far Hills Inn. Aujourd’hui, les Boisés Champêtres des Laurentides occupent ce site, sous la présidence de M. Sylvain Cousineau.

Au milieu des années trente, les frères cherchaient une maison de campagne pour y passer des vacances paisibles, reposantes, loin du monde et du bruit, dans les montagnes, au bord d’un lac. Après quelques mois de recherches, le frère Cyrille Côté vient visiter un hôtel à Val-Morin et en recommande l’achat ainsi : « J’ai vu deux fois le château d’Argenteuil, mais Highland Inn me semble plus approprié à nos besoins. Il semble que l’offre soit intéressante. » Il s’agissait de la propriété Scroggie bâtie en 1904, acquise par le susdit propriétaire en 1910 sur une terre qui avait appartenu à la famille Vendette (Luc, père).

M. Scroggie était un marchand prospère de Montréal. Il envoyait des catalogues pour atteindre des familles éloignées des campagnes. Mais le jeu et la boisson le ruinèrent et, dès 1935, il devait à maints fournisseurs qui, pour se rembourser, obtenaient des coupes de bois. Mme Scroggie trouva la mort sur la propriété. Un jour, pour divertir ses visiteurs, elle fit atteler quatre chevaux arables sur sa voiture et en prit elle-même la direction. En descendant la côte près de la maison, les chevaux prirent peur et projetèrent sur les roches les occupants de la voiture. Mme Scroggie mourut un mois plus tard des suites de l’accident.

M. Scroggie mourut aussi fort tristement, au troisième étage de l’hôtel où il s’était enfermé pour noyer ses chagrins et ses déceptions. C’est là que les domestiques le trouvèrent, un jour d’hiver. Ces domestiques se plaisaient à raconter les belles années où M. Scroggie faisait de la culture, de l’élevage de porcs et de volailles, gardant toujours un bon nombre de chevaux de race. Après la mort de sa femme, M. Scroggie avait épousé une de ses servantes, Mlle Laurence Faller, qui s’exila aux États-Unis, mais qui revenait parfois voir ses anciennes amours.

Les premiers pourparlers pour l’achat de l’hôtel en 1935, se firent du vivant de M. Scroggie, puis avec son fils, qui ne put le conserver longtemps. Après qu’il fut passé entre les mains de deux ou trois propriétaires, les frères l’ont acquis de Mme S. Layfield, par l’entremise de MM. Gérin et McCauley, le 25 juillet 1937. Le domaine comprenait environ 625 acres de terre, les bâtisses, les meubles, la lingerie, les poêles, les fournaises, des porcelaines, la coutellerie, des livres, de l’argenterie, des glacières, des tapis, les rideaux, les cadres, deux chevaux, des vaches, des volailles, des voitures d’hiver et d’été, les harnais et quatre bateaux. L’hôtel comptait 40 chambres meublées et plusieurs salles spacieuses très bien décorées.

Il y avait, sur le domaine et aux alentours, plusieurs lacs dont le lac La Salle qui s’est d’abord appelé le lac Long et ensuite le lac Scroggie. Aussi, le lac Lavallée, connu auparavant sous le nom de lac à Beaulieu et lac Paquette. Un autre, le lac Castor, appartenait en partie à M. Wilbrod Foisy. Selon M. Luc Vendette (père), employé de M. Scroggie, le lac Scroggie était poissonneux ; très souvent il servait à son patron de la truite pour déjeuner. Quelquefois, les frères recevaient le frère Marie-Victorin qui, par son influence, fit jeter dans le lac trois mille truites de trois à cinq pouces, cadeau du gouvernement provincial. D’ailleurs, le célèbre frère a produit son œuvre, La Flore laurentienne, en cueillant ses spécimens dans notre milieu. Mais il n’y avait pas que la pêche au Manoir, Il y rôdait de gros animaux : six ou sept gros ours furent tués. Un, surtout, a fait la manchette du journal La Patrie du 26 septembre 1941. L’article raconte que MM. Roméo Germain et Wilbrod Foisy avaient grimpé dans les arbres quand ils ont aperçu l’ours géant de 310 livres qui, sentant la présence des humains, hurlait, claquait des dents, jouait des pattes, sautait. C’est alors que M. Germain déchargea son « fusil 44 à 2 coups » et atteignit l’ours à l’épaule droite. M. Foisy l’acheva de quelques coups de revolver. Le lendemain, on procéda au dépeçage de la bête et on décida de la faire « empailler ». Les frères bénéficièrent d’un excellent repas de steak d’ours.

Lors de l’achat du domaine, vu que le mobilier au grand complet avait été laissé sur place, on décida d’aménager tout de suite le Manoir pour recevoir un groupe d’étudiants le 2 août. La veille, les frères avaient assisté à la messe paroissiale sous la présidence du curé Paul-Émile Gauthier. Dans l’après-midi, arriva la visite surprise de Mgr Georges Gauthier, archevêque de Montréal, qui félicita les nouveaux propriétaires. À la fin des cours, on fit un grand ménage et on offrit une réception pour le maire Tancrède Legault et les échevins de Val-Morin. Le 30 août, M. Wilbrod Foisy est engagé comme gardien de la propriété et ouvrier. Il réside d’abord dans un coin du Manoir, mais sa femme, Cécile Vendette, fille de Luc père, devra demeurer au village, morale exige ! Puis, une affiche paraît dans les chambres : « Défense de jouer avec le petit André Foisy ».

Le 4 octobre, on reçoit la statue de N.-D. des Bonnes Études, don du frère Stephen, directeur de l’École Plessis. On l’installe sur un rocher. Pour amener l’eau au Manoir on pompe l’eau du lac. Ensuite, un premier puits, creusé à la pelle, donne 2 500 gallons par jour. Il sera plus tard abandonné, car, en 1938, après le passage d’un sourcier, M. Coderre, de Pont-Viau, viendra creuser un nouveau puits au coût de 4,00$ le pied et la pension de ses hommes. L’eau sera trouvée à 150 pieds, avec un rendement de 25 à 35 000 gallons par jour.

En avril 1938, on construit la chapelle qui existe encore aujourd’hui, avec salles de classes et le réfectoire. L’entrepreneur est M. Boileau. Deux cloches sont offertes par la communauté de Lachine et le collège de Longueuil ; elles sont hissées dans le petit clocher de la chapelle. Entretemps, de grands travaux sont aussi exécutés au Manoir, de la cave au grenier. En 1939, on bâtit le chalet « Immaculée-Conception » et le premier tennis. En 1940, c’est la construction du chalet « Sainte-Thérèse », de la résidence du gardien et du second tennis. En 1942, on met en chantier la cuisine et la remise pour les chaloupes.

En 1947, on reçoit la statue de saint Joseph, don du frère Marie-Robert, directeur de l’École Saint-Jacques. Cette statue aurait été donnée aux frères par Mgr Ignace Bourget. En 1949, on entaille les érables et on fait « les sucres ». En 1959, le garage brûle et l’hôtel échappe au désastre grâce à la rapide intervention des pompiers volontaires de Val-Morin. En reconnaissance de ces diverses protections, on offre un tableau pour l’église paroissiale. En 1956, le R. P. De l’Étoile, rédemptoriste, découvre une grotte naturelle et entreprend les travaux d’aménagement d’un sentier. La grotte de Lourdes, que tous les visiteurs admirent dans l’immense rocher, impose une visite de Mgr Émilien Frénette, évêque de Saint-Jérôme, qui vient bénir les statues en beau marbre de Carrare.

Durant ces années, plusieurs cours sont donnés à différentes communautés religieuses. Même le Cercle des Fermières profite des cours de cuisine. La cabane à sucre est très populaire et attire de nombreux gourmets, avec plus de 400 gallons de sirop par année. En 1968, on agrandit le domaine en achetant la terre du voisin, M. Julien Paquette, pour la somme de 10 000 $. Le terrain mesure 6 250 pi x 957 pi ; il y a une maison, un garage, un tracteur, un banc de scie, plusieurs cordes de bois de chauffage et – quelle acquisition ! – 1 000 à 1 500 érables.

Mais, après toutes ces années de dur labeur, les cours ne suffisent plus, la clientèle diminue et la communauté vieillit. Alors, on commence à penser qu’il faudra abandonner le Manoir. Dès 1980, un projet de parc Val-Morin-Val-David voit le jour, mais tarde à se concrétiser. On procède à la vente à M. Jean-Noël Lavoie et, depuis 1997, M. Sylvain Cousineau est propriétaire de ce projet domiciliaire « Les Boisés Champêtres des Laurentides ».


Gros merci à l’archiviste des frères, M. Louis-Marie Côté, à M. Serge St-Hilaire, photographe, à M. Sylvain Cousineau, actuel propriétaire, à Mme Élise Bonnette, pour la transcription.


Huguette Viau

 

 

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